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LA CULTURE DES HYPOGÉES
Par définition, un
hypogée est une sépulture souterraine aménagée dans
le sol ou dans le rocher et auquel on accède généralement
par un puits ou un système d'escaliers.
La première référence
à des hypogées au Mali remonte à 1912, lorsque Monsieur
Lompré, administrateur colonail, signale la présence
d'excavations artificiellement creusées dans la
croûte latéritique près de Ténémanan (dans l'actuel
cercle de Kolondiéba) qu'il interprète comme des
habitations souterraines. Pendant la période coloniale,
plusieurs de ces monuments, diversement interprétés
comme des puits de mines, des silos ou des tombes
phoeniciennes, sont découverts à Dogo, Dalabani
(dans le cercle de Bougouni), à Dialakoroba (à 45
km de Bougouni sur la route de Bougouni) et autour
de Bamako, en particulier dans l'emplacement de
l'actuel quartier TSF et à trois kilomètres de la
villa sur la route de Koulikoro. A ce jour, plus
d'une vingtaine de sites d'hypogées, isolés ou concentrés,
sont maintenant connus dans le haut bassin du Niger,
notamment à l'ouest de la ligne Bamako, Dioïla,
Zégoua (près de la frontière ivoirienne). Tous ces
sites sont situés sur des plateaux où la croûte
latéritique (dans laquelle les monuments sont entièrement
aménagés) atteint plusieurs mètres d'épaisseur.
Les éléments caractéristiques
des hypogées semblent, à peu de choses près, partout
les mêmes :
- à la surface du
sol, le tombeau est matérialisé par un cercle
de pierres délimitant un tertre d'environ 40 cm
de hauteur et 3,50 m de diamètre. Cette superstructures
n'est cependant pas systématique. A Nyamalaba
et Domba (respectivement dans les arrondissements
de Koumantou et Sanso, cercle de Bougouni), les
hypogées sont signalés par leur ouvertures béante.
- un puits d'accès,
à ouverture carré ou rectangulaire descend à environ
1,50 m de profondeur et s'évase légèrement à la
base. Parfois, deux à cinq marches sont taillées
sur la parois opposées à la porte d'entrée ou
sur deux des parois du puits dont une perpendiculaire
à la porte d'entrée. Le puits est en principe
fermé avec une dalle de pierre recouverte de terre
pour camoufler l'accès au caniveau. Cependant,
dans biuen des cas, surtout quand le monument
est perturbé, on retrouve cette dalle au fond
du puits.
- une porte d'entrée,
à la base du puits, donnant sur un petit couloir
qui conduit à la chambre funéraire. Dans certains
cas, cette porte d'entrée est flanquée de moulures
décoratives taillées dans la croûte latéritique.
- la chambre funéraire,
circulaire ou oblongue (diamètre 3 - 4m), est
voûtée en forme de dôme dont la hauteur peut atteindre
plus d'un mètre. A (la frontière Mali - Côte d'Ivoire)
on a remarqué jusqu'à quatre chambres funéraires,
une chambre principale flanquée de chaque côté
(sauf vers l'entrée) par une chambre secondaire.
Ces chambres secondaires (diamètre environ 1,50m)
sont séparées de la chambre principale, au centre,
par une banquette épaisse d'environ 0,35 m et
haute de 0,50 m.
Les différents travaux
(Arris 49 ; Pâques 195 ; Sanogo et Liesegang 1974)
ont révélé que les hypogées ont servi de sépultures
communes. Les squelettes, presque toujours dans
un état for avancé de dégradation en raison de l'action
des rongeurs, des termites et des eaux d'inflitration
ont été trouvés posés à même le plancher de la chambre
funéraire. Le mobilier, représentant certainement
des dons funéraires, est pauvre et limité à des
tessons de poterie associés à des objets d'ornement
(bracelets et boucles d'oreille) en fer.
A ce jour, seule une
datation par analogie, proposée par Sanogo et Liesegang,
situe les hypogées entre les Viè et XIè après J.C.
Cette date a été obtenue sur un échantillon de charbon
recueilli lors des fouilles sur le site d'habitation
de Famambougou près de la concentration d'hypogées
de Dogo.Cet échantillon de
charbon était associé avec divers objets (notamment
des tessons de céramique) similaires à ceux trouvés
dans les hypogées de Dogo.
A qui étaient réservés
ces monuments élaborés ? Qui en étaient les constructeurs
? La lumière est loin d'être faite sur ces questions.
Certaines populations, comme les Bambara du Baninko,
les attribuent à des êtres surnaturels et les surnomment
gèrèguè diguin ou trous du diable. D'autres pensent
qu'ils sont l'œuvre des hommes d'autrefois. Dans
tous les cas, on peut retenir, à la lumière des
informations disponibles, que nous avons affaire
à un type d'enterrement préislamique probablement
réservé à une élite religieuse ou politique. Il
semble cependant que ce mode ait perduré pendant
des siècles et peut-être jusqu'au milieu du XXè
siècle. En effet, V pâques (195) et Togola (1982)
nous rapportent des traditions attestant la présence
dans les années 1950 dans le cercle de Bougouni,
notamment ) Dalabani et Diban, de sépultures similaires
réservées aux prêtres du Jo (jo sian, ou Soma).
Le jo, encore vivace dans le sud du Mali dans les
années 1950 et 1960, est une société scrète, avec
initiation septennale, réservée aux jeunes gens
sont initiés tous les sept ans.
 
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