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Aperçu historique ( suite )
 

Les Togué ou anciens villages du Macina

  1. Morphologie et fonctions :Ces sites qui se présentent sous forme de buttes localement appelées Toguéré (pluriel, Togué). Au cours de leur occupation, qui s'étend sur plusieurs siècles, ils se sont progressivement élevés pour atteindre plusieurs mètres de hauteur, formant ainsi, comme en Mésopotamie au Moyen Orient, des tells ou buttes qui émergent à la période des hautes eaux. Leur superficie, très variable, se situe entre 0,5 et plusieurs dizaines d'hectares. Jenné-jeno à son apogée entre les VIIIè et Xè siècle couvre 33 ha, 41ha avec le site voisin de Hambarketolo avec lequel elle était liée par une digue en terre. Les togué représentent des vestiges d'anciens établissements humains à occupation permanente comme l'attestent l'épais tapis de tessons de céramique qui récouvre leur surface et surtout la présence d'anciennes habitations de plan circulaire ou quadrangulaire et faites de briques cylindriques de banco séchées, le jenné ferey ; Au cours des fouilles à Jenné-jeno, il est apparu que l'utilisation de ces briques cylindriques (encore utilisées à Djenné dans les années 1930) remontent au Vè siècle de notre ère... Les togué sont rarement isolés. Très souvent, ils sont présents au sein de complexes ou d'ensembles de sites, avec en général une grande butte entourée de sites satéllites plus petits. Ce regroupement de sites est bien visible dans les nevirons de Djenné où près de 70 sites archéologiques, y compris Jenné-jeno et kaniana (les deux plus grands sites) ont été identifiés dans un rayon de quatre kilomètres. L'examen du matériel de surface, en particulier de la céramique, indique que tous ces sites ont été occupés simultanément. Ainsi, bien que spatialement séparés, tous ces sites fonctionnaient certianement comme un seuk complexe urbain.
  2. Le mobilier archéologique : La céramique La céramique, qui se présente sous forme de tessons, est de loin le matériel archéologique que l'on retrouve à la surface des togué. L'étude typologique menée par les McIntosh sur la céramique trouvée en statigraphie à Jenné-jeno, a montré que cette céramique a beaucoup évolué dans le temps. Pendant la Phase I/II de l'occupation de Jenné-jeno (250 av. JC - 450 ap. JC), on trouve une poterie très belle facture, à parois minces et dures. Cette poterie a été retrouvée plus loin dans les niveaux inférieurs à Diohou (près de Diafarabé) et Mara (près de Dia). Pendant la phase III (450 - 850 ap. JC) les vases à parois plus épaisse, généralement peints avec des bandes noires et blanches prédominent. Cette poterie peinte est remplacée pendant la phase IV -850 - 1 400 ap. JC) par une céramique à pâte plus grossière et décorée avec divers types d'impressions ou de tampons. La comparaison de la céramique de surface avec cette céramique trouvée en stratigraphie à Jenné-jeno a permis de fournir des indications chronologiques sur les autres sites des environs de Djenné. D'après cette chronologie relative, la majorité des sites dans un rayon de quatre kilomètres autour de la ville de Djenné étzit occupée pendant la pahse III et au début de la phase IV de Jenné-jeno.

    Les statuettes en terre cuite : Les statuettes en terre cuite constituent une catégorie spéciale de céramique que l'on trouve sur les togués. Jusqu'ici, très peu de ces sculptures en terre cuite ont été retrouvés au cours des diverses campagnes à Jenné-jeno. Elles ont cependant contribué à attirer l'attention sur les potentialités archéologiques du Delta Intérieur du Niger en raison de leur élégance et du pillage dont elles sont l'objet depuis quelques décenies. Ces statuettes, généralement présentées dans un style expressionniste, révèlent une iconographie for variée : personnages (hommes et femmes) montrés dans diverses positions (assise, agenouillée ou à cheval), représentation de divers animaux, surtout dans le nord, vers Thail dans l'arrondissement central de Téninkou. Les datations, essentiellement à base de la thermoluminescence, indiquent que ces statuettes remontent à la période allant du XIè au XVIè siècle. L'interprétation de ces sculptures est pour le moment difficile en raison du peu d'information disponible sur le contexte archéologique dont elles proviennent. Pour certains, il s'agit surtout de représentations d'ancêtres implorant, dans diverses positions, les divinités (de Grunne). Pour d'autres, la grande variabilité de l'iconographie de ces statuettes et du contexte archéologique dans lequel les rares pièces provenant de fouilles scientifiques ont été trouvées, témoignent de la diversité des populations et des systèmes de croyances dans le Delta Intérieur du Niger (McIntosh).

Les pipes en terre cuite : Quelques togués révèlent à leur surface plusieurs pipes en terre cuite. Ces objets, qui attestent de la consommation du tabac (introduit au Soudan par les Marocains à partir de la fin du XVIè siècle) sont un indice chronologique. On s'accorde donc à penser que leur présence indique une période postérieure à cette date. Mais, il faut noter que Sékou Ahmadou, un musulman pieux d'obédience stricte, interndit l'utilisation du tabac dans le macina en 1818.

Les Fusaïoles : Les fusaïoles sont de petits objets plus ou moins discoïdes en terre cuite. Ils sont percés d'un trou central pour l'insertion d'un batonnet. Ils sont utilisés dans la filature du coton. Plusieurs de ces objets, de forme conique ou biconicale et généralement bien décorés, sont présents sur les togué. Les premières fusaïoles, dont la présence indique l'utilisation du coton dans la région, remonteraient au XIè siècle.

Le matériel lithique : Il s'agit essentiellement de fragments de meules et de broyeurs en grs présentant. Eu égard à l'absence totale de pierre dans le Delta, la matire première qui a servi à façonner ces objets a dû être importé des régions voisines comme le plateau dogon.

Les objets en métal : Plusieurs objets en fer, bronze et cuivre sont présents à la surface des togués et ont été retrouvés en stratigraphie à Jenné-jeno et autres sites de la région qui ont fait l'objet de fouilles. Aux objets en fer, qui représentent des objets utilitaires (restes de houe, couteaux et pointes de flèche) et ornementaux (braceletsn boucles d'oreille) il faut ajouter des scories souvent aussi associées à des restes de hauts fourneaux, siggérant la production du fer. A Jenné-jeno, on a retrouvé une boucle d'oreille en or. Ce métal était certainement importé des mines d'or lointaines du Sud avant d'être acheminé vers les cités sahéliennes comme Tombouctou d'où il regagnait l'Afrique du Nord dans le cadre du commerce transaharien. Le cuivre était certainement importé de région plus lointaines comme l'Aïr (au Niger) et la région d'Akjout (en Mauritanie). Le bronze, introduit beaucoup plus tard que le fer en Afrique Su-Saharienne, provenant certainement de l'Afrique du Nord.

Les perles : Les perles, qui ont une fonction essentiellement ornementale, sont aussi présentes sur les togué. Elles sont faites de divers matières, cornaline, agate, marbre et pâte de verre. Ces objets, que l'on retrouve souvent à l'état fragmentaire, ont dû être importé dans le cadre du commerce transsaharien. Leur aondance relative à Jenné-jeno suggère que ce site et la rgion de Djenné en général ont joué un rôle important dans le commerce transsaharien.

  1. Les moyens de subsistance : Les populations des togué à leur dans le Macina connaissaient déjà la culture de céréales comme le riz africain, le fonio et le petit mil ainsi que l'élevage des bovins, ovins et caprins. Cependant, la cueillette des graminées et fruits sauvages (surtout des jujubes), la pêche et la chasse continuent à jouer un rôle d'appoint. Toutes ces activités sont attestées par des traces diverses (ossements divers, arrêtes de poissons, graines carbonisés de céréales ou de plantes sauvages) trouvées lors des fouilles archéologiques à Jenné-jeno, Toguéré gallia et Toguéré Doupwil.
  2. Les rites funéraires : L'une des caractéristiques les plus remarquables à la surface des togué est la présence de nombreuses jarres funéraires. Ces jarres sont généralement fermées avec un couvercle ou avec une autre jarre, les bords des deux posées l'un contre l'autre. Des jarres plus petites sont utilisées pour les sépultures d'enfants. Certaines inhumations sont certainement le résultat d'enterrement secondaire, comme l'atteste la présence dans la même jarre de plusieurs squellettes incomplets. Sur plusieurs sites, les jarres funéraires sont regroupés dans une même zone. Il est clair que ces inhumations en jarre dénotent de rites funéraires anté-islamiques dont la pratique a dû perduré plusieurs siècles après l'introduction de l'Islam au Soudan.
  3. L'abandon des togué : L'examen des vestiges archéologiques de surface, en particulier de la céramique, indiquent que la plupart des togué autour de Jenné-jeno sont désertés aux environs de 1 400 après JC. Cet abnadon massif, qui paraît être le résultat d'un long processus qui a commencé plusieurs siècles plus tôt (dès 1 100, Jenné-jeno entre dans une période de déclin graduel avant son abandon définitif vers 1 400 au profit de Djenné), s'inscrit dans un contexte régional qui a affecté toutes les régions du Moyen Niger. A partir de 1 300, les sites de l'âge du fer du Ména (une région sahélienne contiguë au nord au Delta Intérieur du Niger) sont abandonnés. Tel semble être le cas des grandes buttes de la région des lacs qui sont pour la plupart désertées dès le XIVè siècle.

    Un tel phénomène d'abandon massif reste encore énigmatique et ne fait, en l'état actuel de nos connaissances, que l'objet de spéculations. En effet, pour certains, il est à mettre en relation avec des crises sociales liées à l'introduction et l'expansion de l'Islam dans la région. Pour d'autres, il est causé par la péjoration du climat, en particulier l'accroissement de la sécheresse, surtout à partir du début du XIIè siècle. Cette sécheresse, qui perdure des siècles aura certianement causés des remous sociaux et politiques plus au nord, entraînant l'abandon de régions entières comme le Ména dont les ressources ne pouvaient plus supporter les populations d'éleveurs et d'agriculteurs. On peut penser que certains de facteurs, sinon tous conjugués, sont à la base de l'bandon des togué.

 
 

 

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