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Le Mali héritier de
trois des plus grands empires qui ont existé en
Afrique sub-saharienne, peut s'enorgueillir de posséder
l'un des patrimoines archéologiques les plus importants
d'Afrique Ce sont, en effet, des milliers de sites
archéologiques et monuments historiques qui s'étendent
dans toutes les régions du pays, depuis les stations
préhistoriques de surface du Sahara et de la bande
sahélienne jusqu'aux énormes buttes d'habitation
de l'âge du fer qui jalonnent la moyenne vallée
du Niger en passant par les modestes monuments funéraires
(hypogées et tumulus), sans oublier les gravures
et peintures du Sahara et de la Boucle du Baoulé,
Ce riche patrimoine archéologique est surtout à
lier, d'une part, à l'optimum climatique de l'Holocène
sur une grande partie du territoire malien (y compris
le Sahara et le Sahel actuellement parmi les régions
les plus sèches du monde) et d'autre part, à la
présence de deux des plus grands fleuves africains
(le Niger et le Sénégal) qui, depuis des millénaires,
ont favorisé la naissance et le développement de
nombreuses communautés villageoises Un tel héritage
ne fut pas sans attirer la curiosité et l'intérêt
des français Ainsi, dès les premières décenies de
la colonisation, les campagnes archéologiques se
multiplient, faisant du Mali le pays le plus favorisé
d'Afrique de l'Ouest au plan des recherches archéologiques
pendant la colonisation
Au lendemain de l'indépendance,
et surtout à partir des années 1970, les initiatives
nationales et étrangères dans le domaine de la recherche
archéologique se multiplient et s'exécutent dans
un contexte de collaboration. Les réultats de certaines
recherches, éminemment scientifiques en raison de
l'intervention d'équipes professionnelles, tant
nationaux qu'étrangers, ont beaucoup contribué à
une meilleure connaissance de l'histoire du Mali
en révélant la présence de certaines cultures et
civilisations jusqu'ici inconnues. Notons seulement
à titre d'exemples, l'urbanisation précoce et autochtone
le long du Moyen Niger attesté par les nombreuses
buttes d'habitat qui jalonnent les rives du Niger,
la culture des hypogées qui a embrassé l'ensemble
du sud du Mali, sans oublier les fortifications
monumentales du sud et du centre du Mali et les
nombreuses figures, peintures et gravures, de l'art
rupestre du Sahara, de la boucle du Baoulé et du
pays dogon.
L'étude ci-dessous
présente certaines des cultures et civilisations
les marquantes du Mali, telles qu'elles ont été
définies par les recherches archéologiques.
Les togué ou anciens
villages du Macina
Le contexte géographique et historique
Le Macina est la zone
deltaïque qui s'étend en plein cœur du Mali,
entre Djenné, au sud, et le lac Débo, au nord. C'est
dans cette région, que le Niger reçoit, au niveau
de Mopti, son principal affluent, le Bani et se
divise en de profondes ramifications dont le plus
important est le Diaka. Le Macina, comme d'ailleurs
l'ensemble du Moyen Niger, offre un milieu naturel
privilégié. Il ne pouvait donc manquer d'attirer
et de fixer les populations sahélo-soudaniens qui,
depuis des millénaires, sont soumises au lent processus
de désertification. Elle favorisa, depuis le IIIè
siècle av. JC, la stabilisation de solides communautés
villageoises et donna naissance au milieu du premier
millénaire de notre ère au foyer urbain le plus
abcien en Afrique sub-saharienne illustré par Jenné-jeno.
Elle suscita très tôt de nombreuses convoitises
politiques et fut successivement conquis par tous
les grands empires (Ghana, Mali et Songhoy) ainsi
que le royaume Bambara de Ségou et la Dina du Macina.
Etat des recherches
archéologiques dans le Macina
Le Macina est, depuis
l'époque coloniale, l'une des régions du Mali les
plus favorisées. Dès 1907, Desplagnes y mentionne
l'existence de nombreux sites d'ancoens villages
présentant à la surface des jarres funéraires. Après
1940 et suite à la découverte de statuettes en terre
cuite érodant de la surface de sites situés entre
Mopti et Djenné (Veillard 1940 ; Monod 1943 ; Mauny
1949). Ces premières investigations dans le Macina
étaient cependant limitées à des fouilles sommaire
exécutées par des administrateurs coloniaux ou des
instituteurs. Les recherches les plus anciennes
dans la région menées par un archéologue professionnel
remontent aux 1950 quand G. Szumowski, alors Directeur
du centre IFAN de Bamako, entreprend des fouilles
sur les buttes d'habitat de Kami, Nataka et Kélébéré
dans les environs de Mopti. Il fournit une description
sommaire de la stratigraphie de ces buttes et mentionne
la présence de jarres funéraires et celle de vases
entiers décorés avec des motifs divers (). Les travaux
de Szumowski sont suivis par ceux de M. Sarr et
Barth qui fouillent quelques buttes d'habitat dans
les environs de Sévaré (Sarr, 1972, Barth 1976,
1977).
En 1975, ce sont les
fouilles entreprises sur les Toguéré Doupwil et
Toguéré Galia respectivement situés dans les zones
de Djenné et Sévaré. Ces fouilles, menées par Bedaux,
Huizinga et D. van der Waals (tous de l'Institut
d'Anthropobiologie d'Ultrecht, Nederlands) en collaboration
avec K. Sanogo, un archéologue malien), marque un
tournant décisif dans la recherche archéologique
au Macina. Pour la première fois, un rapport détaillé
avec les informations sur la stratigraphie, la chronologie,
les ossements humains, les ossements d'animaux,
le matériel macrobotanique, la céramique et autres
artefacts est fournie. Les datations radiocarbones
obtenues indiquent une occupation allant du XIè
au XIIè siècle pour ces buttes.
En 1977 et 1981, on
retient les importants travaux menés par Roderick
et Susan McIntosh de l'Université de Rice (Houston,
Etat Unis) sur la butte de Jenné-jeno, près de la
ville moderne de Djenné. Ces fouilles, accompagnées
d'une intense prospection autour de Djenné, révèlent
l'existence d'une citée fondée depuis 250 av. JC
et dont l'apogée se situe entre les VIIIè et Xè
siècle ap. JC. La preuve de l'existence d'un développement
précoce et autochtone de l'urbanisme du commerce
inter-régional antérieur de plusieurs siècles à
l'arrivée des Arabes (jusqu'alors considérés comme
les stimulants de toute innovation au Soudan Nigérien)
est désormais établie.
En 1989, l'Institut
des Sciences Humaines, en collaboration avec une
équipe néerlandaise dirigée par J.D. van der Waals,
initie un vaste programme d'inventaire, le projet
Togué, des sites archéologiques compris dans le
triangle Djenné, Sofara et Diafarabé. Ce programme
qui s'étend sur cinq ans, 1989 - 1994, résulte en
l'identification de près d'un millier de buttes
dont deux, Diohou (dans l'arrondissement de Diafarabé)
et Ladikouna (sur le Bani) feront l'objet de fouilles
statigraphiques.
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