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Considéré aujourd'hui
comme le joyau du tourisme malien, le pays Dogon
(région de Mopti) accueille chaque année de nombreux
visiteurs étrangers.
" Peuple fantastique
" " imaginaire ", " métaphysique ", " ultime possesseurs
de la plus ancienne sagesse africaine " etc., Les
qualificatifs et les superlatifs pour décrire les
Dogons sont légion et ne sont pas ici une exagération.
L'histoire et le vie des Dogons sont à présent bien
connues grâce notamment aux travaux de l'ethnologue
français Marcel Griaule.
L'authenticité Dogon
S'il est un peuple
d'Afrique qui a échappé à toute influence étrangère,
c'est bien les Dogons du Mali.
Leur histoire est
marquée par la volonté et l'obstination de demeurer
authentiques, de préserver leur âme.
Les Dogons auraient
quitté le Mandé (empire du Mali) au XIIIè siècle
selon la tradition orale. Quand cet empire décida
de faire de l'islam, sa religion.
Les Dogons qui étaient
les maîtres du culte et les gardiens des coutumes
auraient refusé ce changement et pour protester
auraient décidé, par conséquent de s'exiler. Ils
auraient suivi la vallée du fleuve Niger pour aboutir
finalement dans la plaine vers Mopti avant de regagner
les falaises granitiques qui vont de Bandiagara
à Hombori.
En dépit de la diversité
de leurs dialectes, ils sont d'une grandes cohésion
ethnique. Ils croient en un Dieu dénommé " Ama "
et restent fidèle aux croyances ancestrales en affichant
un mépris condescend envers les religions et les
cultures importées. De même qu'envers les valeurs
matérielles et autres tentations de l'occident.
En outre, ils ont pris
l'habitude de se contenter de peu et restent attachés
à leur terre. Une terre montagneuse, à l'accès vertigineux,
car c'est une falaise qui s'élève chaotiquement
depuis les basses terres du Macina jusqu'à Sangha,
pour se casser en un pic qui domine de plusieurs
centaines de mètres la plaine des pays burkinabé.
Du haut sommet de
la falaise, on découvre un splendide panorama. Les
villages Dogon apparaissent mieux dans la splendeur
de leur architecture remarquable : maisons de famille
aux terrasses carrées, greniers à mil surmontés
de toits de paille aigus, vestiges en forme de niche,
le tout accroché aux flancs des rochers. Peut-on
imaginer constructions plus pittoresques ?
Ce cadre physique exceptionnellement
heurté et original évoque l'entrée d'un sanctuaire
qu'est en réalité le pays Dogon. Les Dogons vivent,
en effet, dans le monde mystérieux des symboles,
signes hiéroglyphes, couleurs, emblèmes, objet qui,
constituant un langage sans parole, énoncent le
rapport de l'homme au monde : c'est le règne du
sacré.
Ainsi, le pays Dogon
regorge de nombreux lieux sacrés : autels, rochers
ou colonnes de banco immaculés de sang de poulet
ou de bouillie de mil.
La disposition des
constructions, l'organisation même des villages
rappelle un monde sacré comme le souligne avec force
Michel Renaudeau :
" Le pays Dogon est
comme un temple où l'on pénètre que si l'on s'est
patiemment initié à admettre l'étrangeté radicale
d'un univers culturel dont les valeurs reposent
sur une philosophie et une religion extraordinairement
complexes et riches...
Le sacré, à Sangha,
et plus dans les villages de la falaise, est mêlé
de façon inextricable à la réalité. Les mythes Dogons,
très complexes, constituent le fondement même de
l'existence , et la religion a fortement marqué
de son empreinte jusqu'à l'architecture du village.
Sangha même est constitué d'agglomérations, réparties
selon un schéma que l'on retrouve fréquemment chez
les Dogons.
Il y a Sangha du haut
et Sangha du bas ; Ogol d'en haut et ogol d'en bas
: les villages témoignent dans leur structure même
de la permanence du souvenir des ancêtres jumeaux
" - (1)
- Pourquoi les
touristes affluent de plus en plus nombreux au
pays Dogon ?
- Pourquoi veulent-il
connaître les Dogons ?
On est tenté de répondre
tout de suite que c'est en raison de l'histoire
et des traditions incroyablement préservées du peuple
Dogon. L'explication de ce phénomène justifierait
en fait une étude sociologique approfondie qui ne
peut être faite ici.
Pourtant, on peut
tracer quelques pistes. Le prestige dont bénéficie
la civilisation Dogon auprès des occidentaux, procède
de ce que les sociologues appellent le néo-ruralisme.
Une idéologie de la nature qui remet en question
la société industrielle.
Plus précisément, c'est
un retournement idéologique qui signifie d'abord
rupture par rapport à ce que la société industrielle
(ou post - industrielle selon Alain Touraine) comporte
de néfaste, d'inquiétant, voire de dangereux : population,
nucléaire, épuisement des ressources naturelles,
mais aussi gigantisme, architecture, modes de vie
qui créent un environnement conduisant à l'uniformité,
qui enlève à la société son aspect bigarré et à
l'individu la propriété de sa vie, enfin le sentiment
d'inadéquation des institutions sociales et politiques.
(1) M. Renaudeau "Au
cœur du Mali " P. 106. Ed. Delroisse
Le néo-ruralisme signifie
ensuite, désir de vivre autrement, aspiration à
l'authentique, donc aux modèles de vie du passé.
L'on considère que ceux-ci, tout imparfaits qu'ils
aient été, ont au moins prouvé qu'ils sont vivables,
puisqu'ils ont été vécus.
C'est ainsi qu'à l'heure
actuelle, dans les pays développés, les vacances
et les loisirs se passent de plus en plus sous le
signe du retour à la nature et à la vie simple.
Et si les Dogons ont
tant d'audience auprès de ces pays, c'est parce
qu'aux yeux de ceux-ci ils ont valeur de symbole.
De symbole de l'authenticité. En effet, d'une part,
l'archaïsme, la modestie voire la pauvreté de la
condition de vie des Dogons (rusticité de l'alimentation,
inconfort de leur logis, etc.) font d'eux des modèles
de la civilisation de la croissance zéro " et de
la qualité de la vie. L'isolement social et culturel
des villages Dogons leur confère des vertus d'un
refuge contre l'agitation et l'absurdité de la vie
urbaine.
Chez les Dogons, la
vie sociale, les rapports sociaux sont caractérisés
par l'intimisme et l'inter-connaissance grâce à
" l'urbanisme " équilibré des villages Dogons. Celui-ci
assure un art originel du " vivre ensemble ", conciliant
une vie en groupe bien tempéré et à l'échelle humaine
et un individualisme familial bien protégé.
D'autre part, l'hostilité
ou du moins la dureté de l'environnement physique,
climatique des Dogons devient pour les visiteurs
venant des pays développés leçon de chose écologique
et préapprentissage de la condition naturelle de
l'homme, voire même retour régénérateur aux sources
: le mode de vie traditionnel des Dogons (paysan,
tisserand, forgeron, cordonnier etc.) fait qu'ils
sont en symbiose avec la nature.
Aussi, grâce à leurs
traditions : dialectes, chansons danses, cultes,
pratiques rituelles, fêtes etc., les Dogons apparaissent
désormais riches de leurs différences. Ils ont encore
la chance de pouvoir se rattacher à un patrimoine
culturel propre qui les pourvoit d'une morale, d'une
identité sociale et d'une histoire. Face à ce phénomène,
un article du journal " Sunjata " entre dans la
danse et ajoute sa voix au choeur qui assure la
célébration du monde Dogon :
" Accourus des grandes
villes sans coeurs, ni tête du monde développé,
s'évadant des fourmilières anonymes que sont devenus
les " foules solitaires " de ces mégalopolis des
sociétés post - industrielles, les touristes viennent
là par milliers pour palper non seulement des pans
vivants du passé de l'humanité gommés définitivement
de chez eux par la civilisation industrielle. Mais
aussi, s'imprégner de cette culture toute en équilibre
et capable par là même de les réconcilier avec eux
- mêmes. Car la société des Dogons avec son train-train
quotidien dispense des leçons irremplaçables d'équilibre
aux sociétés en perte de vitesse sur le plan de
l'humanité et de l'équilibre du monde industrialisé,
aliéné ou acculturé.
Que le néo-ruralisme
constitue une critique radicale et un dépassement
de l'idéologie productiviste et moderniste, soit
! qu'il demeure la raison profonde de l'audience
formidable dont bénéficie les Dogons ou que ses
détracteurs le taxe de passéisme, également soit
!
Ce qui est certain,
c'est que sur le plateau dogon vit, à l'abris des
bouleversements sociaux, un type humain ardent,
travailleur, indépendant et dont l'accueil est de
qualité remarquable."
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