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Tombouctou

TOMBOUCTOU : " La Mystérieuse "

" Cité mystérieuse ", " fabuleuse ", perle noire du désert, ''Athènes de l'Afrique'', " Mecque " du Sahara, " Rome soudanaise " etc., les qualificatifs pour désigner Tombouctou sont légion. Comme Djenné et le pays Dogon, Tombouctou constitue une des destinations vedettes du Mali.

1- Présentation historique

La ville est née au XIè Siècle. Les touaregs Maghcharen ont commencé par y faire paître leurs troupeaux, puis ont pris l'habitude d'y laisser un campement gardé par une vieille esclave nommée BUKTU. D'où le nom Timbuktu. La bourgade qui a commencé à se construire sous ce nom bénéficiait d'une situation géographique extraordinaire.

En effet, à l'extrême nord de la boucle que l'immense fleuve Niger fait en remontant dans les sables du Sahara, elle se trouvait à la jonction entre la grande voie fluviale qui drainait les richesses du Sud et les caravanes qui traversaient le désert en provenance du monde arabe.

La période historique était également particulièrement favorable. L'Afrique de l'Ouest connaissait un véritable âge d'or. De grands empires comme le Ghana puis le Mali faisaient régner la paix sur d'immenses territoires.

Les mines d'or assuraient un revenu constant à l'état comme aux peuples. Les voyageurs arabes peignaient une civilisation raffinée, humaniste.

Enfin, l'aristocratie professait la foi musulmane, ce qui donnait une grande importance aux lettrés arabophones. Autant de facteurs qui allaient permettre à Tombouctou de voir fleurir les deux grandes activités qui firent sa gloire et sa fortune : la science et le commerce.

Tombouctou, capitale de l'or et du commerce Les cartographes européens du XIVè Siècle mentionnaient déjà ''Tenbuch'', ''Tumbettu'', Timbutu'', vanté par les voyageurs arabes comme un des plus grands centres intellectuels et commerciaux du monde connu.

A- LA SCIENCE

Mais si les premiers signes de la grandeur tombouctienne apparaissent dès la domination de l'empire Mandingue (1275 - 1435) sous le règne notamment de Kankou Moussa qui y fit construire la mosquée " Djingareyber ", c'est en tant que capitale culturelle de l'empire Songhoi qu'elle connaîtra son apogée. Le 29 janvier 1468, en effet, l'empereur Songhoï de Gao, Soni Ali ber, occupe Tombouctou, et son successeur, Askia Mohamed, pieux musulman, comble la ville de bienfaits.

Tombouctou devint alors, et pour un siècle, le phare intellectuel d'un empire quatre fois grand comme la France, le Songhoï.

Au XVIè Siècle, Tombouctou était une ville considérable pour l'époque : 100.000 habitants, sans compter son port de Kabara, active petite cité des bords du Niger.

La ville abritait les plus grands lettrés de l'empire, des maîtres illustres venus ici enseigner dans des écoles de théologie.

Véritable phare du savoir à son apogée, Tombouctou comptait 180 écoles et universités, 20.000 élèves et étudiants.

Parmi ceux-ci, certains ont fait des centaines de kilomètres pour entendre tel ou tel cours renommé. Les grands commerçants se faisaient un honneur d'accueillir à leur frais ces jeunes esprits avides de connaissances. Mais l'Etat apportait également une aide financière qui contribuait largement au développement culturel. Pas un maître d'importance que l'empereur ne comblait de terres et d'esclaves.

L'administration offrait de nombreux débouchés aux étudiants qui ont terminé leurs études supérieures, et le monarque entreprenait à ses frais une véritable armée de scribes qui recopiaient les milliers de volumes de la bibliothèque impériale. Comme dans les universités médiévales, les sciences religieuses étaient au cœur de l'enseignement : théologie, histoire sainte, études des écritures sacrées. Mais l'arithmétique, la linguistique, la littérature et surtout le droit faisaient partie du cursus habituel de l'étudiant Tombouctien. La philosophie grecque de l'Antiquité était étudiée également par l'intermédiaire des manuscrits et des commentaires arabes. Les plus en vue des cent quatre vingt écoles et universités de la ville étaient celles qui se consacraient aux questions juridiques, la grande spécialité de Tombouctou.

De tout le monde musulman, on venait entendre le point de vue de Mohamed Bagayoko ou d'Ahmed Baba sur tel point controversé de la jurisprudence et de la loi coranique.

Ahmed Baba est l'auteur d'une brillante dissertation qui réduit à néant les " justifications " de la traite des Noirs. On est impressionné par l'œuvre de ce jurisconsulte, dont la bibliothèque de mille sept cent volumes était selon ses dires, " loin d'être la plus importante de la ville " et qui a écrit quelque soixante dix ouvrages sur les sujets les plus variés.

Les caravanes servaient de lien avec les autres universités du monde musulman et une correspondance régulières entretenait le brassage des idées.

B. LE COMMERCE

Les richesses de l'esprit n'étaient pas les seules à être cultivées à Tombouctou : la paix Songhoï qui régnait sur toute l'Afrique de l'Ouest, a favorisé aussi une intense activité commerciale.

l'Etat assurait la sécurité sur le fleuve à l'aide de son importante flottille de guerre. Les Touaregs s'étaient inclinés devant l'armée impériale et n'osaient plus rançonner les caravanes transsahariennes.

En raison de sa situation géographique et de ses longues traditions, Tombouctou devint une puissante métropole commerciale et financière. Qu'y échangeait - on ? En premier lieu, l'or. Cet or du Soudan qui restait la principale source d'approvisionnement de l'Europe et du monde méditerranéen en dépit de la conquête des Amériques. Arraché aux falaises du Mandé, le métal précieux remontait le Niger. C'est à Tombouctou qu'il était ensuite négocié puis chargé sur les chameaux pour une odyssée qui se terminait dans les salons dorés de la renaissance ou bien encore dans les harems d'Istanbul.

Du nord venait le sel. Dans des conditions extrêmement pénibles, des esclaves l'extrayaient des mines sahariennes d'Idjil, Tégazza et Taoudéni. C'était l'or blanc. D'extraordinaires fantasias accueillaient l'arrivée des caravanes qui l'apportaient par barres.

L'hégémonie Songhoï donnait à Tombouctou le véritable monopole d'une denrée considérée comme princière. Les pauvres devaient se contenter de cendres pour relever le goût de leurs plats.

Certains chroniqueurs, qui sans doute exagèrent, n'hésitent pas à dire qu'à Tombouctou, le sel s'échangeait contre l'or, poids pour poids. Mais on trouvait aussi, dans les magasins de la cité Songhoï, brocarts vénitiens et soies persanes, marchandises magiques qui sont autant de liens avec le reste du monde. Au XVIè siècle, la cité savante recevait jusqu'à 12.000 chameaux par an, grandes caravanes chargées de richesses.

Reste enfin un négoce moins glorieux : celui des esclaves. Les guerres menées par les souverains du Songhoï jetaient sur le marché de nombreux prisonniers de guerre, voués à la vente. L'offre dit-on était tellement abondante qu'un cheval s'échangeait contre sept hommes. Ainsi chaque année, c'étaient quelques milliers de malheureux que l'on envoyait de l'autre côté des sables pour servir l'aristocratie arabe.

La fin de la splendeur

Le 28 Février 1591, se produisit un événement d'une incalculable portée. L'armée Songhoï fut défaite par un corps expéditionnaire marocain dans la plaine de Tondibi.

L'histoire de Tombouctou et peut être celle de toute l'Afrique Noire allait alors basculer. En détruisant la puissante administration songhoï, les marocains enlevèrent à cette partie du monde son principal atout, la force qui lui aurait peut-être permis de résister à la désorganisation que portèrent en elle les invasions coloniales. Coupée d'un arrière pays qui a sombré dans la désunion, le désordre, rançonnée, mise à sac, Tombouctou vit sa population décroître rapidement. L'activité économique (le commerce en particulier) fut touchée de plein fouet par la dégénérescence générale.

 
 

 

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